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Récits de barefooting : 05-2017

Gone barefooting in California!

Récits de barefooting — dernières histoires et inspirations vécues lors des mes sorties pieds nus ou en huaraches. De la pratique, de l’humour.

Pour être informé.e.s de mes prochaines histoires :

Dimanche 2 avril

Imaginez que vous vous réveillez tôt un matin, vous sortez dehors pour faire votre jogging habituel, et là — tout est différent. La végétation, les voitures, la signalétique au bord des routes. Disparus, les repères habituels — routes, trajets, noms des villes, tout ce qui constitue ton « domaine » d’activité sportive.

C’est ce qui m’est arrivé ce matin. Je suis à Mountain View, en Californie, côte ouest des États-Unis, et avec ma famille, je vais passer deux semaines à explorer cet immense état du nord au sud. Partant de San Francisco, je vais pouvoir courir dans un lieu différent tous les matins — le rêve !

Dimanche matin donc, Mountain View, là ville où est née Google, LinkedIn, Netscape, et tant d’autres sociétés qui font la réputation de la Silicon Valley. En fait — après une demi-heure passée à trottiner sur une piste cyclable qui longe un cours d’eau, je bifurque pour aller chercher quelques références technologiques. Et deux surprises – les boulevards et routes qui hébergent ces entreprises, sont très laids, desserts (dimanche matin tôt) et vastes. Aucun intérêt pour le coureur, parfaitement barefoot-friendly (je suis en huaraches, mais je veille à la question à tout instant).
Deuxième surprise – quand je retrouve enfin le célèbre « Googleplex » (le centre névralgique de Google) il n’y ni grille, ni gardes, ni rien – pas une âme qui bouge, juste plein de vélos aux couleurs Google qui s’agglutinent par endroit, seuls témoins d’une activité intense en semaine. J’étais donc parfaitement tranquille pour prendre mon selfie devant le bâtiment A, à côté du bonhomme vert Androïde (il a un nom ? – Andy ?) en bon touriste que je suis. Je souris intérieurement à l’idée d’être sûrement le premier coureur en huarache à fouler l’esplanade qui relie les quatre bâtiments principaux du Googleplex. Et à l’idée que pour trouver Google, j’ai utilisé — Google Maps — forcément !

Mardi 4 avril

Aujourd’hui il fallait absolument que je recoure pieds nus, car la dernière fois date déjà d’il y a quelque 5 jours. Surprise — le revêtement était vachement désagréable, surtout une fois que j’ai rejoint la piste cyclable qui mène à Monterey en bord de Pacifique. Vraiment pénible, les plantes qui brûlent, un rythme poussif, pas sympa du tout. À peine ai-je pu profiter du paysage. Ah si —
j’ai repéré l’agence Tesla avec plein de Tesla S et X en attente de prendre la route. C’est le signe que la révolution électrique, et en même temps autonome, prend forme. Ces voitures sont très courantes dans le coin, fréquenté par plein de personnes fortunées. Dans quelques mois, Tesla devrait sortir la première berline de classe moyenne, la Tesla 3, promis à un avenir radieux, à juger des quelques 400 000 précommandes enregistrées dans le monde, une majorité aux États-Unis. À environ 35 mille dollars, son prix le situe au niveau de la voiture neuve moyenne vendue aujourd’hui aux États-Unis. Ce qui est bien dans tout cela, c’est que l’air va devenir plus respirable, et le nombre de gros cylindres, si fréquents sur les routes où je m’entraîne tous les matins, devrait commencer à baisser. La Californie, déjà aux avant-postes en matière de développement raisonné, continue à montrer l’exemple, n’en déplaise aux pourfendeurs d’une économie basée sur le carbone… Ça fait quand même exotique…

Mercredi 5 avril

Enfin une opportunité de monter tout en haut de la colline pour surplomber la baie de Monterey. Quelle vue, tôt le matin ! En fait, juste à la périphérie de la ville existe un vaste terrain militaire, aujourd’hui interdit à l’accès pour cause de munitions perdues lors des exercices. Étrange endroit — quelque promoteur semble avoir eu un projet d’immobilier sur des centaines d’hectares il y a quelques années.

La trace matérielle de ce projet, collé au terrain militaire, est un énorme boulevard en pleine colline, droit comme un fil sur plus d’un kilomètre. Pas une maison, mais des lampadaires et des beaux trottoirs en plein nature, de chaque côté d’un véritable boulevard digne d’un centre-ville américain…

Et tout au long de ce boulevard, des promeneurs avec des chiens, venu de je ne sais pas où, car les quartiers les plus proches sont à plus d’un kilomètre en contrebas, et on n’a pas le droit de stationner. Arrêt pour un selfie avec le panneau d’avertissement contre toute tentative de se rendre sur le terrain militaire, au risque de sauter sur une bombe. Je n’ai pas tenté ma chance !

Dimanche 9 avril

La Californie, assoiffée pendant 5 ans, coule sous des précipitations inhabituelles pour la région, depuis un. La sécheresse semble être réabsorbée en une seule année, contre toute attente. Certains experts avaient prédit des séquelles pendant 10 ans avant de voir se restituer les nappes phréatiques…

Quel rapport avec la course à pied ? Et bien, le « Super Bloom » — une floraison du dessert autour de Los Angeles. Les collines, cramées et poussiéreuses, retrouvent pendant un court instant de la végétation avant que la chaleur et la sécheresse de l’été les chassent, fin mai. Et alors, quand on quitte les interminables quartiers de LA comme je l’ai fait en montant dans les collines de Santa Monica, la récompense, c’est une symphonie de couleurs, à perte de vue ! Les chemins tellement obstrues par des plantes hautes de plusieurs mètres qu’on n’y passe à peine. Et la terre qui sèche déjà après les précipitations records de l’hiver, la poussière qui se lève sous mes huaraches. Cette floraison frénétique voit naître et fleurir en quelques semaines des espèces de plantes qu’on n’a parfois pas vues dans ces contrées depuis des dizaines d’années… Imaginez cela — des graines qui restent inertes pendant 10 ou 20 ans, en attendant que la nature réunisse un jour à nouveau les conditions favorables à leur floraison. C’est donc à traverse une sorte de savane magique que j’ai couru ce matin.

Les sécheresses ont toujours existé en Californie, surtout ici dans le sud. La science est formelle — l’amplitude, la fréquence et la gravité de ces périodes de disette ne cessent de s’augmenter. On ne peut pas parler de réchauffement climatique, d’ailleurs, mais plutôt de changement. Los Angeles n’est pas finalement vouée à un avenir pluvieux comme l’avait imaginé le film « Blade Runner » de Ridley Scott. Mais à coup sûr, par ici, les hommes vont encore payer l’addition de leur train de vie frénétique. Sous mes huaraches, des oléoducs, sinistre temoin de l’activité humaine qui chamboule le climat par ici. Mais la nature s’adapte, et nous chassera, humains, comme une espèce nuisible, un jour…

Mardi 11 avril

Nous voilà à San Francisco, enfin ! C’est non loin d’ici, de l’autre côté de la baie à Berkeley, que mes ancêtres paternels ont vécu après avoir quitté le Oklahoma au milieu des années terribles de la Grande Dépression dans les années 30. San Francisco, froid, humide, grouillant de monde, avec sa population jeune, branchée, et huppée. Les quartiers où nous avons posé nos bagages dans un appartement Airbnb regorgent tous les matins de hordes de coureurs, enfin surtout coureuses, et tout ce petit monde va s’entraîner dans les nombreux parcs de la ville.

Le Golden Gate Park est long de plusieurs kilomètres, et plus grand que Central Park dans le cœur de la ville de New York. Celui-ci surplombe les quartiers riches du nord-est de la ville — Richmond District, Haight-Ashbury, Sunset. L’architecte paysagiste Olmsted n’a sûrement pas anticipé que son bijou botanique puisse servir de terrain de jeu à un coureur en huaraches. Plusieurs boulevards traversent cet immense poumon vert, ainsi que de nombreux chemins perdus dans les bosquets. Voulant à tout prix pousser jusqu’au Pacifique, je me suis obligé de rester sur les grands axes, d’où j’ai pu admirer la faune et la flore si exotique. Par exemple, des capucines énormes poussent en tant que herbe sauvage ! Côté faune, des enclos avec des bisons d’Amérique (« Buffalo ») et bien sur des représentants de diverses orientations sexuelles à différents endroits. Mais la ville de San Francisco a une longue tradition de tolérance, et un gars en sandales de course n’évoque pas la moindre remarque ni regard.

Cependant, un échange dans les toilettes publiques m’a fait sourire. Un homme, très propre sur lui, bien sapé, un peu maniéré, m’a demandé poliment s’il pouvait me poser une question. D’un humeur jovial, j’ai accepté, et j’ai bien fait. La question portait sur une décision vestimentaire — à mon avis, si le jean que portait ce monsieur lui allait bien, ou si je le trouvais trop ample ? Bon… Pas vraiment la bonne question posée à un bonhomme vêtu de sandales de course et d’un kilt de compétition. Mais je l’ai rassuré sur son questionnement, car il était en tout point impeccable.

Sur ce, il a quitté les toilettes, est remonté dans son pickup, et s’en est allé. Et moi aussi, pour finir mon périple et rejoindre ma famille qui m’attendait pour les amener rencontrer mes cousins à Napa Valley.

Jeudi 13 avril


Pour ma troisième sortie PN en Californie j’ai décidé de prendre de la hauteur. San Francisco est bâtie sur les flancs de colline autour d’une baie — seul le quartier du port, traversé par Market Street, est plat. Partout ailleurs, ça grimpe. Pour le coureur qui se donne la peine de chauffer ses cuisses et mollets, la vue est impressionnante — si toutefois le brouillard et la pluie ne gâchent pas la fête…

Ne connaissant pas du tout mon terrain de jeu, je suis sortie de chez moi, où j’ai pris la première rue à gauche, pour la suivre au bout, et en haut. Après quelques bons murs escaladés, je suis tombé sur un panneau —Twin Peaks! C’est donc un vrai endroit ! Mais pas celui de la série éponyme, parait-il …  Je l’ignorais, et j’ai tout de suite décidé d’aller au bout, voir ce qu’on pouvait voir au sommet. Là, super vue sur une tour hertzienne (Sutro Tower) et — pas de vue en bas, le brouillard m’a suivi. Et la route, pas du tout barefoot compatible, mais quand on est motivé par une mission, les sensations agréables sont plus faciles à supporter.

Retour sur un coup de tête par le célèbre quartier de la protestation hippie, Haight-Ashbury, aujourd’hui un quasi-musée dédié à cette époque de révolte sociale des années 60/70, où se côtoient magasins vendant de l’hashish et boutiques de fringues de luxe, et sans-abris bruyants et enhardis. Si tôt le matin, il n’y avait pas grand monde pour voir mon passage éclair, pieds nus. Ultime incursion dans le Golden Gate Park et retour à l’appartement avant de partir pour l’avion et le vol interminable vers Paris.

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