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Témoignage – Edwin Ibarra, ultra-marathonien ecuadorean pieds nus

Edwin Ibara pieds nus sur l'EcoTrail Paris 2018 80KEdwin Ibara pieds nus sur l'EcoTrail Paris 2018 80KEdwin Ibara pieds nus sur l'EcoTrail Paris 2018 80K

Edwin Ibara pieds nus sur l’EcoTrail Paris 2018 80K

A voir Edwin attaquer sa deuxième crêpe salée (avec beaucoup de fromage, por favor) j’imagine un peu à quel point l’EcoTrail Paris 80k a creusé les réserves de ce jeune Ecuadorean de 26 ans, venu pour la première fois en Europe à l’occasion. Première fois qu’il a vu de la neige, aussi – chez lui en ce moment, il fait 38° en journée. Les 2° à Versailles le 16 mars, il s’y est résignée, au départ, car de toute façon, il allait avoir froid aux pieds.

Car Edwin est déjà une légende dans le monde du trail – il n’a pas tardé à se forger une réputation d’ultra-marathonien pieds nus – l’EcoTrail Paris n’était pas un coup d’essai.

Déjà il y a quatre mois, il avait bouclé le Marathon des Sables Pérou 2017. La c’était le sable chaud du premier jour qui l’a marqué, mais ce jeune homme est doté d’une volonté hors norme. Lors d’un dîner dans une crêperie parisienne, j’ai pu lui poser plein de questions. Leslie Slater, co-galérienne avec Edwin sur cette course au Pérou, m’a servi d’interprète, tout comme ma fille Laura. Edwin avait plein de choses à raconter…

La course pieds nus par nécessité

Edwin ne s’appliquait pas à l’école. Un jour, son instituteur, exaspéré, la envoyé courir dehors, pour le punir. Seulement voilà, Edwin a découvert alors que la course à pied l’enchantait ! Comme il ne portait que rarement des chaussures, pour aller à l’église le dimanche par exemple., il a couru pieds nus. L’absence de chaussures, il n’y pensait même pas, et l’habitude est restée. (Petite trêve narrative – j’ai commencé la course à pieds dans de conditions similaires – chaussé certes, mais quand même ;-))

Les gens de Pedernales, petite ville côtière de 65 mille habitants, ne pensent qu’à faire la fête, d’après Edwin. Lui, son boulot, c’est charger des briques dans les camions, au sein de l’entreprise familiale. Personne court, ou presque. Lui, c’est le seul coureur pieds nus dans ces contrées-là. Edwin était tout content de trouver enfin d’autres personnes barefooteurs ! Rencontrer en plus el Presidente des barefooteurs français, alors ça …

Tout le monde le prend pour un fou. Tout le monde sauf sa famille. Enfin, au début, elle ne comprenait pas son engouement pour la course d’endurance, pieds nus en plus. Lorsque les inscriptions et les maillots et autres lots commencent à arriver dans le courrier, ses proches l’ont enfin pris au sérieux… Maintenant ce sont ses supporteurs les plus fervents.

Edwin fait très attention à son hygiène de vie. 6-7 heures de sommeil, pas de friandises (à part des Coke de temps à autre ;-)) et plein de poisson, viandes – il aime faire le ceviche, plat à base de pâte de poisson. Je sais pas si c’est l’âge ou l’exigence de son sport, mais Edwin semble adorer la bonne nourriture. Son rêve à Paris c’était de manger des crêpes ! Avec plein fromage, hein ! Leslie l’a fait découvrir le vrai bon champagne AOC, sa toute première coupe (il était temps !!) Et son autre secret c’est de boire beaucoup d’eau – 4 litres d’eau par jour. Avec son boulot, on peut comprendre…

Quand il débauche tous les jours à 16:30, il part courir deux heures, jusqu’à 18:30, juste une petite trentaine de kilomètres. Tous les jours ouvrés. Le weekend il aime faire une bonne sortie longue de 4-5 heures. J’ai bien essayé de le faire dire son volume e kilomètres par semaine, mais c’était peine perdue – il ne court qu’en suivant le chronomètre de sa montre, la distance il s’en fiche. Mais on imagine à peu-près ce que cela pourrait representer – des centaines de kilomètres par semaine.  Je n’ai pas réussi non plus à le faire parler de ses préparations aux ultras. Ce volume d’entraînement, est-ce vraiment toute l’année ? Enfin – peu importe !

Edwin m’a confié pourquoi il court autant.

« La course me rapproche de Dieu. »

Edwin court pour sa famille et pour Dieu

Edwin s’amuse de sa notoriété grandissante, mais il est aussi humble que doué. Il reçoit souvent des cadeaux – chaussures, vêtements par exemple, qu’il offre à un orphelinat local. Maintenant il y a la télé qui l’attend à l’arrivée de ses courses, et il en profite pour œuvrer pour ces enfants défavorisés.

Quelque part entre la première et la deuxième crêpe, notre conversation c’est tourné vers son récent exploit à l’EcoTrail de Paris. Petit rappel – il avait plu au début, puis neigé. La boue était jusqu’aux malléoles à plein d’endroits. Bien sur, il y avait du vent. Selon ses propres calculs, environ 5 heures de course de nuit éclairé à la frontale…

Impressions de l’EcoTrail Paris pieds nus

(Photo de l’organisation EcoTrail Paris, via la page FB « Jeronimo Barefoot Club »)

Edwin partait dans de conditions dantesques. Il avait certes un petit coup-vent prêté par une de ses nouvelles connaissances et un éclairage, mais il cumulait les soucis au moment de prendre le départ : il avait pas dormi dans l’avion depuis l’Ecuador ; il était complètement décalé ; il a rejoigne la ligne de départ directement depuis l’aeroport le samedi matin ; et il avait super froid aux pieds. En plus il ne parle pas français, ce qui n’arrange pas les choses !

A 20 kilomètres il se sentait super bien, 4:16 au kilomètre ! C’est sur, comme il était quasiment dans les 100 premiers, cela a du marquer l’esprit de pas mal de participants. Pour donner le contexte, il vaut 2h46 au marathon sur route, pieds nus …

A 50 kilomètres il commençait à avoir super froid partout, surtout aux pieds, et il luttait pour pas abandonner. Il priait à Dieu en lui demandant pardon pour tout ce qu’il avait fait de mal. Et il pensait qu’il ne pouvait pas renoncer parce que sa famille croyait en lui, ne pouvait pas comprendre cette souffrance – ce serait donc impossible à justifier… Pour se divertir, il regardait aussi autour de lui. Les paysages, si différents de ce qu’il connaissait en Amérique du sud, l’aidait à sublimer sa souffrance.

A 65 kilomètres, la nuit était bien tombé, il avançait, regarde figé au loin, dans le faisceau de sa frontale. Quand je lui ai demandé de commenter sa technique pour éviter les obstacles avec ses plantes il a rit et m’a répondu qu’à ce stade, le mental et le corps était un, unis pour parfaitement comprendre ce qui se passait sous ses pieds. En fait, il n’y pensait pas spécialement… Pas besoin de regarder le sol. Incroyable, quand je pense à quel point je me prends la tête pour trouver le bon revêtement sur route lors de mes marathons pieds nus 😉 En tout cas, il a réussi à surmonter les sensations de froid qui le transperçait à ce stade de la course.

Edwin termine avant minuit en moins de douze heures, toujours pieds nus (il portait ni sandales huaraches, ni chaussettes, en guise de plan B !).

Résultats EcoTrail Paris 80K Edwin Ibarra

Resultats Edwin Ibarra - EcoTrail Paris 2018 80K

Resultats Edwin Ibarra – EcoTrail Paris 2018 80K

Un petit mot concernant l’état de ses pieds. Apparemment, 10 jours plus tard, ils étaient toujours un peu gonflés – Edwin m’a confié qu’il n’avait pas recouru depuis. Il avait aussi ramassé pas mal d’ampoules. La même chose lui était arrivé lors du Marathon des Sables, au Pérou, mais à cause du sable surchauffé…

On s’est quitté sur la promesse de se revoir et de courir ensemble quand il reviendra en France. Il aimerait découvrir le TrailBall avec moi – ayant lui-même fait le rapprochement avec le sport appelé le Rarajipari, ce jeu de balle ancestral des indiens Tarahumara dans les Barrancas del Cobre dans l’état de Chihuahua mexicain.

Edwin découvre le monde et me rappelle mes débuts de jeune homme loin de chez moi (avec la crainte de l’inconnu en moins). A vrai dire, cet enthousiasme, cette joie de vivre, et ce regarde franc tourné vers l’extérieur, vers les autres – c’est un ensemble irrésistible. Je lui souhaite de se faire une belle réputation avec sa pratique, de pouvoir aider celles et ceux qui sont dans le besoin, et surtout, de rester fidèle à lui-même.

Cours bien, Edwin, et que ton chemin recrois un jour le mien !

Christian

PS – j’aimerais souligner le rôle essentiel que Leslie Slater a joué dans cette rencontre. Leslie, comme je le disais, à couru le Marathon des Sables Pérou à peu près à la même allure que Edwin. Du coup (elle en huaraches) ils ont bien sympathisé. Leslie, avec qui j’ai collaboré à maintes reprises depuis 2012, au eu l’idée brillante d’organiser ce dîner avec Edwin, et je lui suis très reconnaissant. Elle a aussi servi d’interprète et a bien voulu que ma fille Laura vienne m’aider à parler espagnol. Heureusement qu’elles était deux interprètes, car Edwin avait pas mal de choses à dire !

2 réponses à to “Témoignage – Edwin Ibarra, ultra-marathonien ecuadorean pieds nus”

  • Zygielle:

    Magnifique ! Respect à Edwin et à ses pieds.

    • J’ai été en contact avec Edwin (merci Google Translate !!) et il continue à aligner les grandes distances sur terrain difficile, pieds nus. Ce garçon va vite forger sa légende, à mon avis. Comme je l’ai dit dans l’article, c’est un jeune homme foncièrement bon et humble – ça fait du bien de rencontrer des gens comme ça, surtout quand on vit dans une grande métropole française 😉

      C

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